LA REPUBLIQUE VOUS APPELLE...
Avec «Il était une fois la République», plus encore qu'à El Pao, (film de Bunuel
avec Gérard Philippe), la fièvre monte au théâtre Aleph, 35rue Christophe Colomb,
à Vitry sur Seine...Alors que l'élection présidentielle commence à déclencher des
tempêtes sous les cranes des électeurs et que le mot d'ordre «aux urnes citoyens»
approche. Tout ça, au laïque nom sacré de la République.
Sacré nom qui a provoqué une crise de conscience chez l'avocate Natacha Moyersoen.
Généreuse et humanisante Natacha qui a (quelque peu) délaissé le barreau pour prendre
son bâton de pèlerin républicain afin de concocter une pièce de théâtre où elle assume,
tour à tour, un rôle de journaliste et de juge. Dans sa pièce rebelle, « Il était une fois la
République», les Filles du Calvaire (la station de métro voisine), que sont Liberté,
Egalité et Fraternité, se débattent pour s'exprimer dans une «Vème Rep» qui sent le moisi.
Méga-danse (chorégraphie - tuteur de Sylvie Miqueu), sur fond de décadence d'un
système à bout de souffle à force d'oublier ses valeurs fondamentales.
Une fois encore, le maître à bord, le Chilien Oscar Castro, sait se souvenir du mot
d'Antoine Blondin, «l'homme descend du songe».
Lui faisant honneur avec son rôle du «Créateur». Un dieu qui apparaît pour asséner
des vérités et s'esquive pour écouter les terriens-républicains animer cette
allégorie-baroque. En regrettant que Castro, habituellement si «révolutionnaire»,
ne se soit pas laissé tenter par le diable pour troquer, à un moment, sa blanche
tenue de «Créateur» contre sa jumelle noire de Belzébuth et, ainsi, avec sa puissance
sud-américaine, attiser encore plus le feu du scénario.
Jean Cormier